Notre cafetière
Le soleil disparaît derrière l'horizon. Des ombres se
dessinent, notre feu éclate de joie. Notre cafetière
bouillone, elle chante. Je suis prête. Notre campement parmi
les étoiles, la seule étoile sera notre tente plantée
dans un décor de sous-bois. Des odeurs aromatisées par
un léger vent du sud se glissent entre nos habits, juste là
pour nous carresser. Instant incomparable. On laisse place au silence
tout en regardant notre symbole de vie. Notre cafetière qui
elle en a vu de toutes les couleurs du monde. Elle pourrait à
elle seule refaire le monde. Elle pourrait se vanter, se pavaner,
jouer l'arrogante mais elle préfère se cacher derrière
la sagesse de son vécu.
Je lâche mon crayon, je me fais assommées par des grosses
pives qui me tombent dessus sans complexe, je suis KO. Sans parler
des mouchettes noires de la Nouvelle-Zélande très réputées
ici pour gâcher la vie. Rien de plus beau que la vie sauvage
en pleine nature.
Instant de partage
Quel plaisir j'ai eu de donner quelques petites affaires personnelles
à cette dame de chambre. Il est toujours difficile de se séparer
de quelque chose en se disant que ça ne sert à personne.
En Afrique et en Asie, je le donnais automatiquement à quelqu'un
sans me poser la moindre question. Je savais que cela ferait toujours
plaisir, que cette personne aprécierait un geste simple qui
rendait contente.
Par le simple fait que cette personne n'aurait certainement jamais
les moyens de s'offrir cet objet... ou autre. C'était un moyen
de dire merci, de donner un instant de soleil, de rester humaine.
Ces gestes me manquent terriblement. Dans notre monde de richesses,
de conventions, tout est gaspillé, tout est manipulé
par l'envie d'avoir toujours plus, d'avoir des choses nouvelles. Cette
femme de chambre est partie en fuyant son pays : L'Irak. Elle a tout
perdu. Son commerce, sa famille, son argent, son esprit. Elle a surtout
perdu son passé, son présent, son futur. Son regard
est triste, mais ses yeux si bons. Elle est contente de pouvoir exprimer
ses sentiments face à des étrangers que nous sommes.
Elle se confie.... les américains sont venus à leur
secours mais à quel prix ? Tant que le peuple n'aura pas vu
le visage du tyran mort, il continuera à vivre dans la peur.
Elle étouffe les mots de la haine. Maintenant elle survit ici,
en Nouvelle-Zélande. Ici elle est traitée avec une grande
équité.
P.S.: Depuis cette anecdote, Sadam Hussein a été retrouvé.
Soyez tous remercié
!
Ce matin je me suis lancée dans un travail en me rappellant
tous les gestes de gentillesse de notre tour du monde. Il m'a été
impossible de tout retranscrire. J'ai abandonné l'exercice.
Il est plus facile de compter les kilomètres effectués
que de compter les intentions à notre égard. Soyez tous
remercié !
On est prêt, confiants et plein d'espoir pour notre dernier
continent : Les Amériques !
Destination nouvelle
On est prêt mais avant de se laisser aller pour notre nouvelle
destination lointaine et haute en couleurs, il faut se concentrer
sur les papiers administratifs de notre moto et de notre remorque.
Les décisions se prennent des mois à l'avance. Serge
connaît la marche à suivre mais à chaque fois
les lois et les règles changent de statut. Serge n'a pas de
rival. Il devient de plus en plus difficile de voyager dans le monde
avec un véhicule motorisé.
Si tu es d'accord de perdre une énergie colossale, du temps
de l'argent et de l'énervement alors il te sera facile de poursuivre
ta route. Mais comme à chaque fois le temps est précieux,
il nous faudra courir au rythme des bureaux, téléphones,
papiers d'enregistrements, police, douanes. Toute la saga d'un vrai
polar américain, sauf que là c'est nous qui sommes les
acteurs. Chaque jour ou l'on ne court pas c'est un jour où
l'on ne se rapproche pas de la maison.
To be continued.....
A u travers
M e souvenant de toi
E tranges
R etrouvailles
I nnocence
Q uête de liberté
U tilisant le rêve
E t l'esprit d'aventure
D u changement
U niquement
S e souvenir
U ne fois de plus
D u rare privilège que nous avons de te découvrir une
fois de plus
Un mélange de joie et quelques appréhensions nouvelles.
Comment allons-nous retrouver l'Amérique du Sud. ? C'est étrange
d'attérir à Santiago. C'est ici qu'une première
fois nos pas ont foulé ce sol de légende avec le Défi
Américain. Nous allons débuter une nouvelle fois ici
la suite de ce tour du monde. On espère ne pas perdre trop
de temps, juste assez pour prendre le poumon de la ville. Reprendre
d'autres habitudes oubliées sur le continent Océanique.
On a l'impression de repartir à zéro. On se fait tout
petit. On ressemble à une tortue qui se cache dans sa grande
carapace. Il nous faudra quelques bons jours pour apprivoiser ce nouveau
monde avant de zigzaguer dans l'esprit d'aventure.
Mon premier contact
Mon premier contact avec l'Amérique du Sud, je suis assise,
enfoncée dans une chaise en attendant le prochain vol. Le décalage
horaire se fait sentir. Soudain, devant moi se tient une petite fille
à la chevelure d'or. Elle me regarde avec beaucoup d'insistance.
"Regarde papa, regarde, la dame a des yeux peints, comme c'est
joli. Papa regarde ces yeux ont la même couleur que le monde".
Comment une toute petite fille peut elle parler comme un livre ouvert
? Irresistible, elle me tend du chocolat en me disant "c'est
pour toi". J'ai complètement craqué pour ce petit
être. Bienvenue en Amérique du Sud. J'ai retrouvé
ce contact qui m'avait échappé, qui me manquait terriblement.
Un nouveau voyage à la découverte de l'enfant.
Santiago
Santiago croustille la vie, cette ville a la même densité
que la Suisse. Cette ville, c'est le trésor de la richesse
humaine. On retrouve les saveurs enfouies dans nos mémoires.
Ici tout se transforme en un spectacle, c'est un chapiteau, un cirque
en ébullition, des spectacles, de la musique, une grande animation.
Ici l'amour est déclaré à chaque coin de rue,
surtout dans le centre ville où l'on retrouve la Plaza de Armas,
ce qui signifie "la place des armes". C'est ici que tout
se passe c'est le poumon de la ville. Cette place renferme le joyau
de l'élégance.
Avec ses bâtiments qui se parlent entre eux, une compétition
est engagée, le plus haut, le plus beau, la plus élégante.
Les églises fortifiées, ses arbres qui donnent de l'ombre
aux passants. Une étonnante contradiction entre la modernité
et l'ancienneté. On retrouve les enfants des rues qui ne font
pas que tendre la main, ils organisent improvisent un spectacle pour
gagner quelques pesos.
Ne rien faire
Serge en ce moment courtise les démarches administratives chiliennes.
Moi je peux me mettre sur une terrasse et profiter de l'instant présent.
Observer le cortège de la vie qui passe, me laisser abandonner
par ce sentiment : ne rien faire. Cette ville est une pellicule de
vie, j'apprends en observant le détail. Pour nous, il est essentiel
de comprendre. Ici l'aventure a repris tous son sens dans sa largeur,
dans sa longueur et dans sa hauteur.
C'est une ruche en permanence, une fourmilière, une autobiographie.
Chacun part dans sa direction tête baissée, ne se souciant
pas du trottoir. C'est la tristesse. On le savait déjà....
Le riche côtoie sans détour la pauvreté. Ici quand
le luxe se présente à toi c'est vraiment le luxe dans
le plus grand langage universel. Quand c'est la pauvreté, celle-ci
ne dérange personne. Quand tu as acquis le haut du luxe, les
sentiments de culpabilité deviennent légers.
Les regards
Ce qui nous frappe le plus ce sont les regards imposants, pénétrants.
Ici les gens te regardent droit dans les yeux. Les hommes sont des
taureaux en puissance. Ils aiment combattre par leur regard, rien
ne les arrêtent, personne ne peut les mettre à mort.
Ils exploitent les extra-ordinaires machismes sans détour,
sans compromis. C'est le tango Argentin qui danse sous leurs yeux.
Cela peut être désagréable, il faut savoir improviser,
ne pas se laisser envahir par ce jeu de séduction. Les femmes
sont de vraies amazones élégantes, provocatrices dans
tous leurs gestes. Elles aiment se sentir belles et désirables.
Je dois faire ma place car il y a parfois des regards de concurrence,
allez savoir pourquoi.... Mais j'adore cette aptitude qui me permet
d'être franche. Ces regards sont comme une danse, ils provoquent
la décudtion et la courtoisie de l'autre.
Nous sommes Voyageurs au long cours, visiteurs de continents, admirateurs
du regard des hommes, contemplateurs d'étoiles.
Chili
C ourir
H umainement
I dée
L ancée
I ndividuellement
Absolument pas prêts
Nous avons retardé notre départ d'un jour pour plusieurs
raisons. A vrai dire, nous n'étions pas prêts dans l'organisation
nouvelle. Nous n'aimons pas prendre un mauvais départ dans
un continent où la maitrise de la langue, les habitudes et
les règles changent. Prendre un mauvais départ nous
affecterait pour les prochaines étapes. Chez nous, tout est
question d'équilibre, savoir faire le bon choix.
Nous n'avons pas perdu ce jour de retard. Nous avons bénéficié
d'un reportage de la télévision nationale avec interview
et articles dans les journaux. C'est grâce à Nicole,
une compatriote suisse qui s'est dévouée corps et âme
pour notre course. Ici à Santiago, nous avons retrouvé
un noyau familial. L'Ambassade suisse a mis de la couleur dans notre
tour du monde.
Souvenir, souvenir...
Une pensée très forte pour ma grand-mère, Louisa,
qui est décédée depuis quelques années.
Nous quittons Santiago et c'est vers elle que mes pensées s'envolent.
Lors du Défi Américain je lui avais téléphoné
depuis cette ville magique, je m'en rappelle comme si c'était
hier. Elle me disait "tu es où ?" et je lui répondais
"Grand-mère, nous sommes à Santiago". Elle
n'arrivait pas à prononcer ce mot. Notre Louisa a laissé
un souvenir indélébile. Une incontrôlable émotion
s'empara de moi. C'est dans le silence que nos pas partiront sur la
route de notre vie.
L'arêne humaine
Quelques petites appréhensions avant d'être lâchés
dans l'arêne humaine. Car on le sait trop bien, une nouvelle
étape dans une ville qui compte 6 millions d'âmes, c'est
à dire la quasi totalité de la Suisse. Cela demande
une concentration totale. Il n'est pas question de perdre une minute
en inattention dans ce trafic touffu.
Je zigziague dans le monde mais ici j'essaie de zigzaguer à
travers chaque trouvée. Les voitures embrasent les avenues
comme un immense feu d'artifice rouge, bleu, jaune,.. A peine partis,
nous voilà enflammés par les scènes de la vie.
La rue nous apporte cette densité amplifiée par l'émotion.
Le cortège de la
vie
En une étape de course, on a vu défiler une vie entière.
Ici on a retrouvé l'instantané, toutes notre anxiété
s'est envolée au fil des km. Nous n'avons pû relâcher
la concentration qui nous est nécessaire pour rester en vie,
pour pouvoir avancer dans le courant de la vie qui passe à
vive allure. Au 22ème Km, une équipe de télévision
suit notre progression. C'est toute la chaleur du Sud qui arrive.
Ils avaient pensé à prendre une bouteille d'eau fraîche,
une casquette pour le soleil et la chose la plus surprenante... un
déodorant pour les pieds du marathonien suisse...
Serge, dans un geste naturel et sincère, croyant que c'était
pour éliminer les odeurs corporelles s'en est giclé
partout sauf sur ses pieds ! Eclats de rires ....Cette image aura
été la meilleure scène pour la chaîne de
télévision. Un bon coup de pub pour les déodorants.
Comme quoi, les odeurs ont parfois le pouvoir de nous faire rire et
non pas de nous faire fuir.
Pas de droit au divorce
Le Chili est un des seuls pays d'Amérique du Sud (et peut-être
même du monde) où le divorce n'existe pas mais le chilien
a trouvé une autre façon de détourner la loi.
Pour ça comme partout ailleurs il faut une certaine somme d'argent.
Avant de se marrier pour le meilleur et le pire, les futurs épous
changent leur nom de famille et prénom. Voilà qui est
bien trouvé. Mais à vrai dire, c'est une autre manière
de considérer le divorce.
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