Floride
F utur
L es pas dans les pas
O rientés vers l'avenir
R are privilège d'être là
I llusion
D 'être si loin du but
E t pourtant si prêt du rêve
Floride, août 2004
Qu'une seule petite erreur
La moto-remorque n'arrive toujours pas, elle est perdue entre Rio et ....entre, entre ? Comme toujours, l'aventure comporte ses malentendus mais cette fois on atteint le sommet de la pyramide.... L'agence Gerson-grey de Rio n'a fait qu'une petite erreur. Elle a envoyé la moto-remorque à New-York au lieu de Miami !
Personne ne sait quoi faire, quoi dire. Comme on dit en bon français, on doit se débrouiller tout seul. On est vraiment très seuls, on ne sait pas par quel bout commencer. Ici on perd des jours précieux pour l'avancée de l'aventure. Notre seule façon de continuer a été de louer une voiture en attendant la moto et la remorque. Rien à voir avec le partage, la symbiose d'être ensemble. Mais la course continue !
Une autre manière d'assister... plus question.
Le temps est absorbé par un tout autre sentiment. Un sentiment dominateur qui n'appartient à aucune de mes réflections. Assister Serge en voiture consiste uniquement à faire avance l'aventure. Certes, le confort est inégalable mais l'attente à ne rien faire, à ne rien ressentir n'est en aucun cas mon objectif. En voiture j'observe d'une autre manière, peut-être plus directe, sans émotions. L'aventure c'est redouter le quotidien.
Comment voulez-vous écrire quelque chose qui ne colle pas à notre éternelle image ? Quelque chose qui ne colle pas
à la réalité d'un partage unique.
Ouragan Charley (Floride)
C'est en allant à la pharmacie acheter mes médicaments que j'entends une conversation. Une vielle dame murmure dans sa barbe "il nous faudra faire des réserves d'eau et de nourriture". Cela m'interpelle. Avec mon anglais, ou plutôt mon faible accent, je lui demande de quoi il s'agit. Avec franchise elle m'anonce qu'un ouragan va dévaster la Floride. C'est le choc des mots ! En observant les gens, ils me paraissent bien tranquilles, chacun vaque à ses occupations. En retournant à l'hôtel, où la clientèle n'est pas à mon goût, la patronne des lieux est très inquiète et nous dit que dès ce soir il nous faudra rester sagement dans notre chambre durant les 24 prochaines heures. Ne rien faire, attendre que ça passe....
On regarde et écoute la télévision, tous les programmes sont interrompus pour donner chaque détail, chaque conseil en direct. La dernière phrase du journaliste est celle-ci "on vous souhaite le meilleur mais le pire est à craindre. Bonne chance". Je panique un peu, Serge trouve les mots de réconfort. " Nicole, on ne sera pas en plein coeur de l'ouragan"
Ma première réaction : remplir d'eau la baignoire, enlever toutes les prises électriques et acheter de l'eau potable. C'est en voyant les images en direct que l'on imagine ce que cela veut dire. Je pense déjà à toutes les personnes qui vont perdre quelque chose, voir même perdre la vie. Je pleure, je suis trop émue et angoissée. On s'endort enfin mais vers 1 heure du matin, un orage d'une rare violence éclate. Une impression de fin du monde, on se dit que l'ouragan arrive. Franchement ça me fait peur. On peut carrément assister en direct à l'évolution. De voir des arbres et des toits qui s'envolent, des ponts qui s'écroulent, des voitures qui se renversent.... C'est une vision de désastre.
Ce qui fait le plus peur dans ce genre de situation c'est que tu ne peux rien faire, ta préoccupation c'est regarder le plafond en espérant qu'il tienne et que les fenêtres n'explosent pas. Nous sommes restés enfermés pendant 24 Heures sans rien risquer. Mais quelle désolation dehors. Plus de deux millions de personnes sans électricité, des centaines évacuées. Cet ouragan aura été le plus meurtrier des 50 dernières années. Aujourd'hui les gens sont meurtris mais la vie continue...
35'000 Kilomètres
Le plus dur c'est de courir, de repartir tous les matins au km zéro, sans état d'âme, sans avoir à l'esprit la motivation de la compétion. Le plaisir de partager la course avec quelqu'un est plus important. Pas de grande idée à laquelle s'accrocher... jite la route et nous !
Oser partir
Ce voyage nous l'avons entrepris d'une autre manière. Ce rythme de 12 Km/h, invariable comme un métronome, nous fait découvrir notre propre curiosité. Aller continuellement de l'avant car l'avant c'est notre futur. Ce futur nous fait découvrir la diversité du monde... mais aussi la grande vérité de l'homme. L'aspect d'une image maudite, celle de l'impunité, celle de la guerre.
Notre profond désir de ramener des images empreintes d'authenticité, d'émotions, d'expériences auxquelles nous avons été confrontées. Notre course : se dépasser au quotidien sans en rajouter. Oser faire le pas sans devoir imaginer le dernier.
Observation
Le riche, le pauvre, l'agressivité, la gentillesse se côtoient à chaque détour de ruelle encombrée. Ici c'est toujours la course, une perte de temps signifie automatiquement une perte d'argent. Tout va trop vite, le monde s'enferme. Chacun sa galère, chacun pour soi. Les gens sont compressés par le manque de temps... à qui la faute ?
Vivre dans les grandes villes, non merci.
Ici tout passe par des machines, des bips, des boutons. Les engins ont remplacés le contact humain. Nous nous trouvons dans une jungle, dans des remous artificiels. C'est simple, on rentre d'une certaine manière dans une fin du monde programmée.
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